Meriam pourrait être libre «dans quelques jours», assuraient jeudi les diplomates de l’ambassade du Soudan à Paris. Ce jour-là, ils recevaient une petite délégation, exclusivement féminine, de représentantes d’ONG (la Licra, Urgence Darfour…) et de personnalités (dont la fondatrice de Ni putes ni soumises, Fadela Amara, et la cinéaste Alice Issermann). Elles étaient venues plaider la cause de Meriam Yiahia Ibrahim Ishag. Le 15 mai, un tribunal de Khartoum a condamné cette jeune Soudanaise de 27 ans à être pendue après avoir reçu cent coups de fouets. Son crime ? Meriam aurait renié sa foi musulmane pour se convertir au christianisme. Et, comme le juge a considéré que l’islam est sa «vraie» religion, elle a été jugée également coupable d’adultère. D’où les coups de fouet. Selon la charia, en vigueur au Soudan depuis 1983, une musulmane ne peut en effet épouser un homme d’une autre religion. Le mariage de Meriam avec un chrétien est donc considéré comme caduc. Pourtant, depuis son arrestation en janvier, Meriam a toujours rejeté l’accusation d’apostasie : son père musulman a quitté le foyer familial quand elle n’avait que 6 ans, et la jeune femme a été élevée dans la foi chrétienne orthodoxe par sa mère d’origine éthiopienne. C’est ce qu’elle n’a cessé de répéter pendant son procès, sans convaincre le juge. Ce dernier n’a pas non plus semblé particulièrement ému par la situation de cette jeune mère, emprisonnée avec Martin, son fils de 20 mois, et qui a donné naissance à une petite Maya, la semaine dernière, dans sa cellule, les pieds toujours enchaînés, même pendant l’accouchement.

Adultère. Le juge a déclaré que Meriam ne pourrait être pendue tant qu’elle allaite, ce qui peut durer deux ans. Mais cette «magnanimité» ne s’est pas étendue au sort des enfants, si la condamnation devenait un jour effective : considérés comme le fruit d’un adultère, ils seraient confiés à la partie musulmane de la famille, et non à leur père, Daniel Wani. Ce biochimiste originaire du Soudan du Sud (nouvel Etat, né de la partition du Soudan en 2012) a épousé Meriam en 2011 à la cathédrale Saint-Matthieu de Khartoum. Naturalisé américain, installé depuis peu dans le New Hampshire, où il comptait faire venir sa famille, l’époux, par ailleurs handicapé, de Meriam est revenu à Khartoum après la condamnation de sa femme. Les photos de leur mariage ont été largement diffusées depuis que l’affaire mobilise l’opinion internationale. «Au Soudan aussi c’est une histoire qui fait débat, d’autant qu’il y a une contradiction entre notre Constitution intérimaire, qui défend la liberté religieuse, et la loi pénale de 1991 [qui interdit les conversions sanctionnées par la peine de mort, ndlr]», reconnaît le conseiller de l’ambassade du Soudan à Paris, qui semble déplorer le zèle du juge et résume l’affaire «à un différend familial». Il est vrai que c’est un frère de Meriam qui a dénoncé la jeune femme à la justice en l’accusant d’avoir renié sa foi.

«Manne». Reste qu’il existe au moins un autre cas, moins médiatisé, celui de Faiza Abdella. Une chrétienne de 37 ans arrêtée le 2 avril, également accusée d’apostasie, toujours en attente de jugement. Dans le cas de Meriam, la mobilisation internationale a été en partie payante, poussant notamment Khartoum à des déclarations contradictoires. La semaine dernière, un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères a ainsi annoncé sa libération prochaine, avant d’être démenti. «Cette affaire tombe à un mauvais moment pour le régime soudanais, analyse Jacky Mamou, président d’Urgence Darfour. Depuis la partition du Soudan, Khartoum est privé de la manne pétrolière et se retrouve confronté à de graves difficultés économiques.» Or, les sanctions et l’isolement du régime amplifient la crise : au pouvoir depuis 1989, Omar el-Béchir est réclamé par la Cour pénale internationale. Même s’il continue de narguer la justice internationale, «il est de plus en plus contesté, au sein même de son parti», souligne Jacky Mamou.

Au moment de la partition, l’homme fort du pays avait déclaré que l’islam et la charia seraient désormais la seule référence, et que les chrétiens seraient considérés comme des étrangers. La situation de ces derniers, minoritaires au Nord, s’est depuis dégradée. Mais Béchir peut-il pour autant se permettre de faire de Meriam une martyre ? Les avocats de la jeune femme ont fait appel du jugement. Sans aucune certitude : au cours du procès, une fausse mère a été présentée à la Cour (celle de Meriam est décédée) et la presse locale tente désormais de la faire passer pour simple d’esprit. «Il faut continuer à se mobiliser pour que non seulement Meriam soit libérée, mais que les charges soient abandonnées», insiste l’avocate Ilana Soskine, membre d’Urgence Darfour, qui redoute que les propos rassurants des diplomates soudanais ne soient «que des effets d’annonce».

Maria MALAGARDIS

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