Sud-Soudan, une indépendance périlleuse

Au terme d’un référendum en cours, les populations du Sud-Soudan vont probablement voter pour constituer leur propre Etat. C’est un événement considérable, qui aura des conséquences sur le Soudan, sur la région et sur toute l’Afrique. Ce scrutin était prévu dans l’accord de paix global de 2005, qui avait mis un terme à une guerre atroce de quarante ans entre le Nord et le Sud. L’indépendance des Sudistes constitue un camouflet au pouvoir de Khartoum. Voir ces populations noires, chrétiennes ou animistes, méprisées, dont beaucoup de leurs semblables ont été emmenés en esclavage vers le Nord, rend folle de rage la dictature militaro-islamiste. Les Etats de la Ligue arabe ont soutenu inconditionnellement le président soudanais Omar Hassan Ahmed Al-Bachir, même si aujourd’hui certains d’entre eux lui reprochent de s’être montré incapable de maintenir l’intégrité du plus vaste pays africain. Les autres pays du continent voient avec appréhension la remise en cause des frontières issues de la décolonisation.

La richesse en pétrole du Sud-Soudan, son seul revenu, contraste avec le caractère exsangue du reste du pays. Seule une minorité de la population accède à l’eau potable, la mortalité infantile est considérable, l’éducation d’un niveau bas et 80 % des adultes sont analphabètes. Malgré l’aide internationale, le réseau routier est très réduit et les pluies isolent des territoires entiers. De plus, les tensions ethniques y sévissent. Rajouter qu’il fera partie des Etats riverains du Nil, que les terres agricoles y sont souvent louées à des étrangers, employant une main-d’oeuvre sudiste ou étrangère, c’est comprendre alors que rien ne sera facile.

Tout est donc à construire, y compris un Etat démocratique, où les droits fondamentaux, ceux des minorités, le pluralisme politique, doivent être garantis. Voilà l’espoir des démocrates universalistes, ceux que certains appellent non sans mépris les « droits-de-l’hommistes », sous-entendant sans doute que les droits de l’homme sont réservés à l’homme blanc. L’aide et la coopération des démocraties doivent être massives. Les Etats-Unis et l’Europe, parrains de l’accord de paix Nord-Sud, ne peuvent se défausser de leur responsabilité.

Concussion et corruption

Mais leur soutien doit accompagner le développement démocratique du nouvel Etat, tout comme ils doivent veiller à la justice dans la répartition des importations et des revenus de l’exploitation des ressources locales. Cet appui ne saurait cautionner l’accaparement au profit d’une poignée de prédateurs, membres du gouvernement ou de l’administration du Sud-Soudan, comme c’est le cas depuis 2005. Nombreux sont les Sud-Soudanais qui craignent un redoublement de la concussion et de la corruption actuelles.

La conversion d’Al-Bachir à l’acceptation de la sécession peut masquer toutes sortes de manoeuvres. Le président soudanais est affaibli. Il perd 35 % de son territoire et 80 % des ressources pétrolières, même si pour le moment les pipelines les conduisent au Nord. Le mandat d’arrêt lancé contre lui par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et contre l’humanité ainsi que pour génocide commis au Darfour sous ses ordres l’empêche de participer à la vie internationale. L’instauration d’un plan d’austérité, alors que WikiLeaks a révélé qu’il s’est octroyé des sommes considérables, le fragilise un peu plus. Il peut être tenté de choisir la fuite en avant.

Déjà, il relance la surenchère islamiste en projetant de généraliser la charia dans la Loi constitutionnelle, proclamant qu’il ne sera « plus question de diversité culturelle ou ethnique ». Le raïs possède d’autres cartes pour attiser la violence. D’abord en exploitant les rivalités ethniques dans la riche région frontalière d’Abyei, qu’il a privée de vote en violation de l’accord de paix. Ou encore par l’instrumentalisation accrue de l’Armée de résistance du Seigneur, soutenue par le Nord et composée de tueurs sadiques, qui sévit dans la région et fait des incursions meurtrières au Sud-Soudan et au Darfour.

Le pire est possible. Sauf si… Sauf si la communauté internationale se montre à la hauteur pour aider les uns et contenir les autres, susciter une juste répartition de la manne pétrolière, promouvoir la tolérance des pouvoirs envers les minorités au Nord comme au Sud, régler le conflit du Darfour… On peut rêver. Mais aussi agir.

Diagne Chanel, présidente du Comité Soudan;
Simone Dumoulin, présidente de Vigilance Soudan;
Jacky Mamou, médecin, président du Collectif Urgence Darfour

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