Sud-Soudan : impitoyable indépendance

Sud-Soudan : impitoyable indépendance

                                                                                                       Par SO

 

 

Après plus de deux décennies de guerre contre Khartoum (1983-2005), le Soudan du Sud a acquis son indépendance en juillet 2011. Pourtant, malgré les joies de l’indépendance, le pays a sombré de nouveau dans les affres de la guerre. Le cessez-le-feu signé vendredi 9 mai permettra-t-il une sortie de crise ?

 

*Vent de contestation contre le Président Salva Kiir, accusé de céder aux pressions d’Omar el Béchir

 

Les prémices de la guerre civile que connaît depuis décembre 2013 le plus jeune pays du monde remontent à l’été 2013 : le 23 juillet, le Vice-Président Riek Machar était démis de ses fonctions, tout comme l’ensemble du cabinet présidentiel, un vent de contestation se faisant sentir. 

En effet, la politique du Président Salva Kiir, incapable de relever son pays et de mettre fin à la corruption, ne fait pas l’unanimité dans le pays. Sont en cause notamment les accords de septembre 2012 signés avec le régime soudanais et qui portaient sur la coopération entre les deux pays sur les questions bancaires, des droits des citoyens, de la sécurité, du commerce et… du pétrole. En signant ces accords, Salva Kiir a cédé aux pressions de Khartoum en acceptant l’augmentation du droit de transit du pétrole vers le nord, en grande défaveur du Soudan du Sud (le Soudan du Sud, dont la quasi-totalité des ressources proviennent de son pétrole, est dépendant des oléoducs du Soudan pour son exportation). Egalement, Kiir a accepté d’arrêter l’aide au SPLM Nord qui lutte contre le dictateur Béchir au Soudan. Or ces combattants ainsi abandonnés avaient lutté auprès de leurs camarades du Sud pour leur indépendance. Kiir est ainsi accusé d’avoir trahi les idéaux de la lutte du Sud afin de s’assurer le soutien de Khartoum et les fonds, notamment pétroliers, nécessaires en vue des élections présidentielles prévues en 2015.

 

*Tentative de coup d’Etat ?

 

Le 6 décembre 2013, une conférence de presse de l’opposition annonce sa volonté de tenir un grand meeting populaire le 14 décembre contre la politique du Président. Le 15 décembre, des coups de feu retentissent à Juba, la capitale. 11 politiciens « réformistes » sont arrêtés. L’ancien Vice-Président, Machar, s’enfuit, avec à ses côtés de nombreux combattants. Les violents combats qui ont éclaté à Juba entre forces loyales au Président et combattants fidèles de Machar se sont rapidement étendus aux Etats clefs du Haut Nil, d’Unité et de Jonglei, Etats stratégiques en raison des gisements pétroliers qui s’y trouvent. C’est le début d’une guerre civile dans laquelle les deux camps se rendent coupables d’atroces massacres depuis 5 mois.

 

Que s’est-il passé ? Le Président Salva Kiir accuse Riek Machar d’avoir fomenté un coup d’Etat. Accusations formellement démenties par ce dernier, qui, à son tour, accuse Salva Kiir de vouloir ce faisant éliminer ses rivaux, dans la perspective d’assurer sa réélection à la tête du pays en 2015.

 

*Des rivalités politiques aux massacres ethniques : les civils encore victimes

 

Les rivalités politiques ont, comme souvent en Afrique, dégénéré en tueries ethniques, entre Nuers (l’ethnie de Riek Machar) et Dinkas (l’ethnie de Salva Kiir), ethnies qui connaissent de vieux antagonismes. En 5 mois, la guerre civile aura causé des milliers de morts, et plus de 1,2 millions de personnes qui ont du fuir leur domicile, pour se réfugier dans les pays voisins ou dans le pays même, souvent entassés dans des camps dans des conditions particulièrement difficiles. L’ONU évoque des crimes de guerre et crimes contre l’humanité de la part des deux camps : massacres, pillages, enrôlement d’enfants soldats (estimés à 9000), viols, attaques contre des hôpitaux… Par ailleurs, l’insécurité alimentaire guette : 3,7 millions de Sud Soudanais se trouvent dans un grand risque d’insécurité alimentaire. Or cette situation risque de s’aggraver, puisque la saison des pluies commence au Soudan du Sud et rendra impraticables certaines routes, ce qui compliquera l’accès humanitaire.

 

*Quelle sortie de crise ?

 

Malgré un cessez le feu le 23 janvier, les hostilités se sont poursuivies, chaque camp accusant l’autre d’être responsable de la reprise des combats.

 

Vendredi 9 mai, Rieck Machar et Salva Kiir ont été poussés par la communauté internationale et l’IGAD (Intergovernmental Authority on Development, qui regroupe Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie et le Soudan) à une rencontre. Un cessez-le-feu a été signé par le Président et son ancien Vice-Président. Espoir ? L’avenir nous le dira, même s’il ne semble pas brillant : à peine le cessez-le-feu signé, des combats ont de nouveau eu lieu, chaque camps s’accusant mutuellement d’avoir attaqué le premier. Comme un air de déjà vu…

 

 

                                                                                                                 SO

 

 

 

Pour aller plus loin :

 

Eric Reeves, spécialiste du Soudan, s’interroge sur les intentions et le dénouement voulu par Machar, alors que ce dernier annonçait que les conditions pour une trêve n’étaient pas en place, mettant ainsi en péril des centaines de milliers de civils.

Riek Machar’s end game : what is it ?(en anglais): http://sudanreeves.org/2013/12/28/riek-machars-end-game-what-is-it/

 

 

Gérard Prunier, universitaire et ancien directeur du centre français d’études éthiopiennes, explique que le problème du Soudan du Sud n’est pas ethnique mais politique. Il explique aussi dans cet article les reproches qui sont faits à Kiir et pourquoi selon lui il n’y a pas eu de tentative de coup d’Etat de la part de Machar .

Le problème du Soudan du Sud n’est pas ethnique mais politique

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/12/29/le-probleme-du-soudan-du-sud-n-est-pas-ethnique-mais-politique_4340963_3212.html

 

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