Soudan-Syrie: De deux pays sans amour, par Christiane Mérelle

Le général Mohammed Moustafa Al-Dabi, personnalité de premier plan du renseignement militaire soudanais, a été désigné par la Ligue arabe pour mener la mission des observateurs en Syrie. Qui l’a vu sur les vidéos diffusées par les insurgés  marcher dans les rues de Homs, indifférent aux suppliques de quelques courageux habitants qui dénonçaient les exactions des sbires de Bachar Al-Assad, peut se faire une idée du le profil de l’homme. On n’est guère surpris qu’il ait estimé au terme de son passage dans cette ville, cœur de la révolte et constamment soumise aux bombardements par l’armée, qu’il n’y avait «rien d’alarmant» à Homs…

Al-Dabi a suivi son mentor soudanais Omar El-Béchir depuis le coup d’Etat de 1989 et a occupé le poste de chef du renseignement, d’abord dans la guerre contre les Sudistes. Lors de ce conflit qui a fait 2 millions de morts, dont beaucoup de civils, et 4 millions de déplacés, il était au cœur de tous les crimes commis par l’armée de Khartoum dans ce qui est finalement devenu cette année le Sud-Soudan indépendant.

A la fin des années 90, il a exercé ses sinistres talents en réprimant les Massalits du Darfour, une des principales ethnies de la région. Plus de 10 000 personnes ont été alors tuées, notamment par des miliciens recrutés sous ses ordres parmi les tribus nomades arabes, des précurseurs des Janjawids. Puis, après le début du conflit généralisé du Darfour, il a joué un rôle central dans l’appareil militaire soudanais qui a commis d’innombrables atrocités dans cette province de l’ouest soudanais. Le général Al-Dabi  appartenait  au sommet de la chaîne de commandement dirigée par le président Omar El Bechir, longtemps chef d’état-major de l’armée soudanaise, et par le ministre de l’Intérieur de l’époque, promu depuis à la Défense, Abdelrahim Mohammed Hussein. Ces deux derniers font l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis sous leurs ordres au Darfour. Le crime de génocide a été retenu en sus pour le président. Voilà les individus qui travaillent avec Al-Dabi ! Et c’est cet homme, suintant les massacres de civils, qui devrait « observer »  impartialement les horreurs commis par le régime syrien ! Briser l’opposition « par tous les moyens nécessaires », tels sont les ordres donnés par les dirigeants baassistes syriens à leurs militaires et à leurs miliciens chabbihas. La formule doit sonner familièrement aux oreilles d’Al-Dabi : c’est la même qui fixait sa ligne de conduite au Darfour.

Rappelons par ailleurs que le clan barbare de Bachar al-Assad qui massacre en Syrie a pour principaux soutiens l’Iran, la Russie et la Chine. Trois pays qui protègent également la dictature de Khartoum. Dis-moi qui sont tes amis…

Faut-il en vérité s’étonner du choix par la Ligue arabe d’un pareil personnage pour la représenter? Cette institution n’a jamais condamné les crimes commis par le régime soudanais et a toujours fait obstruction pour condamner ce pays dans les instances internationales. Longtemps considérée comme « un club de dictateurs », rien n’indique qu’elle ait changé de nature. Et ce n’est pas la nomination du général Al-Dabi à la tête de sa mission d’observation en Syrie qui incite à penser le contraire.  La seule place de cet assassin devrait être devant la justice internationale à La Haye.

Pauvres Syrie et Soudan martyrisés, quand donc vos citoyens seront-ils traités dignement ? Souhaitons que ce soit dès 2012 !

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