Soudan : le Conseil de Sécurité choisit le camp d’El Bechir

Huguette Chomski Magnis décrypte les récentes publications d’Eric Reeves, spécialiste du Darfour et du Soudan.

Dans son article du 18 février (1), Eric Reeves analyse sans indulgence le choix du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Il relève que dans sa résolution 2091 du 14 février, celui-ci :

exprime sa préoccupation devant les liens politiques et militaires noués entre groupes armés du Darfour non signataires [de l’accord avec El Bechir] et des groupes à l’extérieur du Darfour, exige que cesse tout soutien direct ou indirect à ces groupes et condamne toute action menée par des groupes armés visant à renverser le gouvernement du Soudan.


Toute légitimité est donc déniée par l’ONU au Front Révolutionnaire du Soudan (Sudan Revolutionary Front, SRF) qui regroupe les groupes rebelles du Darfour, le SPLM (Sudan People’s Liberation Army)
Nord et le Front de l’Est. Le SFR qui lutte pour un changement de régime est pourtant largement représentatif des populations marginalisées du Darfour, du Nil Bleu, du Sud Kordofan et de l’Est du Soudan.

Terrible constat : au nom du respect de la souveraineté nationale, soutien est donc apporté à un régime génocidaire plutôt qu’à ses victimes.

Sur les bombardements aériens du Darfour, Reeves compare les termes de deux résolutions du C.S. de  l‘ONU adoptées à 8 ans d’intervalle. La comparaison est hélas  édifiante.

Dans sa résolution 1591 de mars 2005, le CS exigeait, au moins formellement :

que le gouvernement du Soudan, respectant ses engagements de l’accord de cessez-le-feu de N’djamena (8 avril 2004) et le Protocole Sécuritaire d’Abuja (9 novembre 2004) cesse immédiatement ses offensives militaires aériennes au Darfour…

Le 14 février 2013, le Conseil de Sécurité se contente d‘exiger :

que les parties au conflit fassent preuve de retenue et cessent toute action militaire, y compris les bombardements aériens…


Ainsi les parties sont mises sur le même plan, renvoyées dos à dos, sans que soient même mentionnées les centaines de bombardements aériens menés par les troupes de Khartoum en violation de la résolution 1593 et les lourdes pertes infligées aux populations civiles du Da
rfour.

Faut-il s‘étonner que le C.S. reste indifférent au sort des populations du Nil Bleu et des Monts Noubas qui, dix ans après le début du génocide au Darfour, subissent des bombardements meurtriers et sont privés de toute aide humanitaire par un véritable blocus ?

Faut-il s’étonner qu‘il n’entende pas l’appel, repris par Eric Reeves, lancé par Khadija, villageoise du Sud Kordofan, interrogée par Amnesty International (2) devant sa maison détruite :

Just stop the planes [Arrêtez les avions] !

Mais personne n’arrête les avions d’El Bechir. Les derniers bombardements au sud de Kurmuk, dans le Nil Bleu (3) ont tué cinq personnes, en ont blessé 10 et ont entraîné la fuite de 10 000 habitants vers l’Ethiopie et le Sud Soudan. La routine. Destruction, mort, famine, fuite …
Une terrible crise humanitaire est le lot des populations que le Conseil de Sécurité a choisi d’oublier.

Alors oui, STOP THE PLANES !

Huguette Chomski Magnis
Secrétaire générale du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme

(1) http://www.sudanreeves.org/2013/02/19/un-security-council-ignores-realities-of-aerial-attacks-on-civilians-in-darfur/

(2) http://www.amnesty.ca/node/51025

(3) http://reliefweb.int/report/sudan/battle-kurmuk-ongoing-saf-continues-air-strikes

 

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