Que sont nos amis kurdes devenus ?, par Christiane Mérelle

Jalal Talabani, le président kurde d’Irak, vient d’inviter Omar el Béchir, le criminel qui occupe le poste de chef d’Etat au Soudan, à participer au prochain sommet de la Ligue arabe annoncé pour fin mars fin mars à Bagdad. Désespérant !

Convier un homme poursuivi par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide commis sous ses ordres au Darfour est une faute morale, une erreur politique grave et une désolation pour tous ceux qui ont défendu les Kurdes contre les dictateurs de la région qui les ont tant maltraités.

Ohé amis kurdes avez-vous déjà tout oublié ?

Qu’auriez-vous dit si les Darfouris avaient invité Saddam Hussein et son compère Ali le Chimique à Al Facher ? Vous seriez indignés. Comme nous le sommes aujourd’hui.

Les droits de l’homme exigés pour les Kurdes doivent aussi s’appliquer pour les Soudanais, qu’ils soient du Darfour, d’Abyei, du Nil bleu ou du Sud-Kordofan. La cause des Kurdes d’Irak a bénéficié du soutien constant, permanent, des organisations humanitaires. Beaucoup des ONG humanitaires qui ont agi au Kurdistan irakien ou qui ont porté secours aux populations martyrisées par Saddam et qui, en 1991, fuyaient en Iran ou en Turquie, ont été expulsées du Darfour. Elles sont empêchées par votre futur invité d’avoir accès aux civils au Sud-Kordofan et au Nil Bleu. Treize d’entre elles ont été chassées du Darfour par mesure de rétorsion après le mandat d’arrêt international délivré à l’encontre d’Omar el Béchir.

Jalal Talabani a la mémoire courte. Or un Etat sans mémoire n’agit pas dans l’intérêt de ses citoyens. Et qu’il ne vienne pas invoquer la raison d’Etat ! Si vous pensez que vous défendez les intérêts des Kurdes en faisant des courbettes à un criminel, vous vous trompez. La Ligue arabe est une organisation qui a toujours soutenu les dictateurs, y compris Saddam. La lamentable pantomime de la Mission des observateurs de la Ligue arabe en Syrie, confiée au général soudanais Al-Dabi, un élément essentiel de l’appareil militaire criminel de Khartoum, qui a trouvé que tout allait bien au pays du boucher Bachar al Assad, ne vous a donc pas suffi ? Face à la révolte dans le monde arabe, les Kurdes devraient être un pôle de référence pour défendre les minorités et les droits de l’homme dans cette région où ils sont depuis trop longtemps bafoués. Vous n’en prenez pas le chemin. Quel gâchis !

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One Response to “Que sont nos amis kurdes devenus ?, par Christiane Mérelle”

  1. heval dit :

    Bonjour,

    je suis Kurde d’Irak et je partage entièrement votre avis sur la décision scandaleuse de Monsieur TALABANI d’inviter un criminel au sommet arabe de Baghdad.

    Toutefois, je regrette que, à travers la personne de Talabini, vous vous en preniez à l’ensemble des Kurdes, car c’est bien « aux Kurdes » que vous vous adressez et auxquels vous faites des reproches.Nous, les Kurdes, n’avons pas la mémoire courte, nous savons qui nous a soutenus, qui nous a ignorés et qui nous a sévèrement critiqués pour ne pas compromettre ses relations, ou celles de son pays, avec les dictatures turque, iranienne,irakienne et syrienne.

    Ce monsieur TALABANI a donc pris une décision qui l’engage seul, mais qui n’engage en aucun ces les Kurdes.
    Par ailleurs, le président étant, de par la Constitution irakienne, réduit à un rôle de symbole, pour ne pas dire à une marionnette, je ne suis pas sûr que la décision d’inviter ce type soit prise uniquement par TALABANI…

    Bonne journée

    heval

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