L’urgence humanitaire au Sud-Soudan doit alerter la France et l’Europe

Un centre médical au Sud-Soudan le 2 février 2012 (Pete Muller/SIPA).

Depuis le début de l’attaque des troupes soudanaises sur les États de Nil bleu et du Sud-Kordofan en juin 2011, plus de 420.000 personnes ont fui leurs villages. Certains se sont réfugiés au Sud-Soudan voisin. Depuis cette date, le gouvernement soudanais a refusé de permettre l’accès des secours.

 

Les habitants de ces deux provinces, membres de l’État fédéral soudanais, ont la réputation d’être favorables à leur rattachement au Sud-Soudan et ils devaient, selon les accords signés en 2005, décider s’ils restaient dans le Nord ou se rattachaient au Sud. Beaucoup sont chrétiens ou animistes et ne veulent pas du projet de constitution islamique promis par le régime. Béchir veut donc le leur faire payer, en prenant prétexte d’un hypothétique détournement de l’aide aux profits des guerilleros du Sudan People’s Liberation Movement (SPLM) présents dans la région.

Omar el Béchir, le président soudanais, est en train de lever une troupe de dizaines de milliers de miliciens au nom du djihad pour « nettoyer la région ». L’aviation bombarde les villages et les habitants vivent dans des grottes pour y échapper, comme l’ont montré les images rapportées par George Clooney et Nicholas Kristof, du « New York Times ». L’afflux de ces réfugiés venus de la région est aussi un moyen d’exercer une déstabilisation du Sud-Soudan, qui est déjà dans une situation économique et sécuritaire très précaire.

 

État d’urgence

 

Pourtant, selon les estimations des Nations unies, près de 250.000 personnes, notamment les plus vulnérables et les les enfants, sont « en état d’insécurité alimentaire urgente ». Déjà, en février dernier, le Conseil de sécurité avait publié une déclaration exprimant sa préoccupation sur une situation qui pourrait atteindre « des niveaux d’urgence » en l’absence de secours.

 

La Ligue arabe et l’Union africaine ont proposé une livraison d’aide humanitaire. Le SPLM a donné son accord, mais le Soudan refuse toujours, condamnant à la famine des pans entiers de la population. Les États-Unis ont évoqué une initiative unilatérale en cas d’obstruction persistante de Béchir, soulignant la situation alimentaire désastreuse. Les agences humanitaires s’alarment en parlant de course contre la montre.

 

Ainsi, la même équipe, employant des méthodes analogues à celles employées au Darfour, est à l’œuvre au Nil bleu et au Sud-Kordofan. Béchir, le président, Ahmed Aroun, le gouverneur frauduleusement élu du Sud-Kordofan et qui a déclaré « ne pas vouloir faire de prisonniers », le général Hussein, ministre de la Défense, ces trois-là dirigeaient la guerre contre les civils au Darfour. Ils font l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) pour les crimes qu’ils y commettent.

 

Il ne faut pas les laisser faire ! Les puissances démocratiques, l’Europe et notamment la France doivent réagir vigoureusement pour que l’aide humanitaire puisse se déployer rapidement. Sauver les vies tout de suite.

 

Mais la vraie solution à la violence ininterrompue que connaît le Soudan depuis des décennies est à Khartoum. Malgré les graves accusations de la CPI, le président soudanais continue à voyager : il faut l’isoler. Il est reçu dans certains pays voisins, y compris dans des 44 Etats qui bénéficient de l’aide occidentale, comme la Libye ou le Tchad.

 

Il faut lui rendre la vie internationale impossible. Le Soudan, en grave crise économique et sociale, veut renégocier sa dette, il faut conditionner toute discussion au respect des droits de l’homme et au départ de Béchir pour La Haye. La campagne présidentielle n’accorde que peu de place à la politique internationale, c’est dire que la mobilisation de la société civile est essentielle pour que la diplomatie agisse.

 

Article publié sur le site du Nouvel Obs.

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