LEUR ÉTHIQUE ET LA NOTRE…Échange de lettres entre le Collectif Urgence Darfour et l’UNICEF

LEUR ÉTHIQUE ET LA NOTRE…

Échange de lettres entre le Collectif Urgence Darfour et l’UNICEF
ou comment l’agence de l’ONU chargée de la protection des enfants se fait une raison de l’absence de vaccins dans plusieurs régions du Soudan.
En attendant que le gouvernement de Khartoum accepte que l’aide humanitaire se déploie au Darfour, au Nil Bleu et au Sud-Kordofan, les enfants sont décimés par la rougeole, faute de vaccins…..

Paris le 05/12/2014
Monsieur Anthony Lake
Directeur général de l’UNICEF

Monsieur le Directeur,

Je reviens de Gidel au Sud-Khordofan, cette région du Soudan en conflit avec le gouvernement de Khartoum. J’y ai travaillé quelque temps dans le service de pédiatrie de l’hôpital « Mother of mercy », seul hôpital des Monts Noubas.
Là, j’ai vu des dizaines d’enfants souffrant de rougeole, dans un état gravissime. 28 d’entre eux y sont déjà morts en quelques semaines. Ce qui veut dire que probablement des centaines d’autres ont succombé dans des villages éloignés de tout centre de soins. La rougeole est une maladie évitable par la vaccination. Et je ne vous parlerai pas d’autres fléaux comme la malnutrition qui pourraient être contenus par une action efficace.
Les vaccins ne parviennent pas dans cette région pour des raisons politiques. Cette situation est inacceptable. L’UNICEF ne peut se contenter de ce simple constat et le sort des enfants ne saurait dépendre de pareils arguments.
Le gouvernement de Khartoum met un véto à toute aide humanitaire dans cette région contrôlée par le SPLM-nord, un mouvement d’opposition, mettant en danger vital des centaines de milliers de personnes. Cela n’est pas pris en compte par ceux qui administrent ce pays. Je ne vous rappellerai pas que les principaux dirigeants soudanais font l’objet d’un mandat d’arrêt international de la part de la Cour Pénale Internationale pour crimes contre l’humanité, et même crime de génocide pour le président Omar el Béchir.
Je comprends bien la volonté des agences des Nations-Unies de ne pas mettre en danger leur travail auprès des populations vivant sous l’administration de Khartoum. Pour autant sauver des vies, notamment celles des enfants, constitue un devoir sacré. Et les choses ne peuvent en rester là.
Il existe sûrement des moyens pour contourner cette difficulté et financer par d’autres canaux et d’autres acteurs des programmes de vaccinations au Nil Bleu et au Sud-Khordofan. C’est affaire de volonté et d’imagination.
Les enfants du Sud-Kordofan et du Nil Bleu attendent que vous les sauviez.
Croyez Monsieur le Directeur à l’expression de ma haute considération.
Dr Jacky Mamou,
pédiatre, président du Collectif Urgence Darfour,
ancien président de Médecins du monde

Réponse de l’UNICEF
20/05/2015
Monsieur le Président,

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour votre lettre adressée à notre Directeur Exécutif, Anthony Lake, et pour votre engagement très apprécié pour les enfants au Darfour, au Sud Kordofan et au Nil Bleu. Comme vous le mentionnez a très juste titre, les enfants dans ces régions font partie des filles et garçons les plus démunis du Soudan.

Toutes nos excuses pour cette réponse tardive. Notre Directeur Exécutif est, comme vous, très préoccupé par la situation et m’a demandé de vous répondre en détail.

L’UNICEF poursuit un plaidoyer actif pour un accès humanitaire inconditionnel et immédiat dans ces régions, y compris auprès du Gouvernement Soudanais, les groupes rebelles, son Excellence Thabo Mbeki et l’ensemble de l’Union Africaine, le Conseil de Sécurité, etc. Le risque d’une épidémie de rougeole, la menace de réintroduction de la polio, la malnutrition, etc. sont évoqués à chaque opportunité comme les conséquences sérieuses d’un accès limité à une population souffrante.

L’UNICEF a préparé un plan opérationnel pour une vaccination rapide, dès que les parties se mettent d’accord sur une cessation des hostilités. Le plan a été élaboré en consultation avec le gouvernement du Soudan et les représentants du SRRA, l’organisation humanitaire liée au SPLM-N. Nous sommes prêts à mettre en œuvre le plan dans les 5 jours qui suivent un accord de cessation des hostilités.

Entretemps, nous poursuivons un appui pratique, partiel mais créatif (comme vous le soulignez dans le dernier paragraphe de votre lettre) pour les agences actives dans les régions concernées.

Permettez-moi de vous remercier une fois de plus pour votre attention et votre engagement continus pour les enfants les plus démunis au Soudan. Sache que l’UNICEF non plus ne les abandonnera pas.

Croyez, Monsieur le Président, a l’expression de ma haute appréciation.

Geert Cappelaere
Representative
UNICEF Sudan
P.O. Box 1358, Khartoum
+249156553670 Ext 300
gcappelaere@unicef.org

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