Lettre ouverte d’un réfugié darfouri au président Obama

La politique étrangère du président Obama est très controversée. Les critiques portent sur son manque de résolution à soutenir les démocrates en Egypte ou en Syrie. Au Soudan pour beaucoup d’opposants au régime de Khartoum, l’administration américaine n’a pas tenu les promesses du candidat Obama qui, la main sur le coeur, s’était engagé « à mettre en terme au génocide du Darfour ».

Voici une lettre ouverte que lui a adressée Mohamed Suleiman, un réfugié darfouri. Elle est amère…

Monsieur le Président,

 

Je suis citoyen américain depuis 1992, originaire du Darfour et membre de la tribu Zaghawa. Lors de ces dernières années, j’ai gardé un contact quotidien avec mes compatriotes au Darfour et dans d’autres régions du Soudan. J’ai entendu les propos rapportés par les témoins de nombreux actes de génocide et d’autres atrocités commises par les agents et les exécutants du gouvernement du Soudan sur des membres de ma famille, mes amis, les habitants de mon village et beaucoup d’autres.

Quand vous étiez sénateur et candidat à la présidence, vous avez parlé souvent et fortement sur la responsabilité des États-Unis à mettre un terme au génocide du  Darfour. Après votre première élection en 2008 comme président des Etats-Unis d’Amérique, de nombreux habitants du Darfour ont nommé leurs nouveau-nés  mâles- Obama. Dans leur tradition, les gens du Darfour, donnent à leurs enfants le nom de la personne qu’ils leur est la plus chère ou celui d’une personne qui a apporté  un changement bénéfique et important dans leur vie. Ils étaient très optimistes sur le fait que vous seriez celui qui arrêterait le premier génocide du nouveau millénaire au Darfour.

Aujourd’hui, en cet été 2013, des millions d’habitants du Darfour vivent, ou plus exactement survivent, dans des conditions de guerre que vous ne pouvez vraiment pas imaginer. Ils se sentent abandonnés par vous et l’Amérique. Quelqu’un a exprimé le désespoir des hommes, des femmes et des enfants en disant: «Nous n’avons pas d’autre choix que de combattre jusqu’à la mort. »

Maintenant, durant le second terme et la cinquième année de votre présidence, la nuit au Darfour, les anciens et les grands-mères racontent les histoires horribles du génocide aux jeunes générations. Ils racontent que le monde a choisi d’accepter et de tolérer ceux qui ont commis ce crime. Ils racontent comment un président américain qui a promis d’y mettre fin, n’a pas bougé quand le Président soudanais Béchir a coupé l’aide humanitaire au Darfour, quand des civils ont été tués par les forces gouvernementales et les milices, et quand le gouvernement a relancé le nettoyage ethnique dans les  Monts Noubas et dans le  Nil Bleu. Ils ne peuvent pas comprendre que vous, un président ayant eu deux mandats, puissiez quitter vos fonctions sans avoir arrêté le génocide au Darfour ni permis que les responsables soient traduits en justice.

Le génocide est un crime unique car ses effets perdurent sur les survivants pour les générations et les siècles à venir. Le génocide du Darfour est l’un des crimes les plus documentés. Tout comme les descendants des survivants de l’Holocauste ont appris de leurs ancêtres les détails horribles, les gens du Darfour aussi racontent les détails sur le génocide à leurs descendants – qui a agi pour arrêter le génocide, qui a fait peu ou qui n’a rien fait. Au fil du temps, toutes les excuses qui peuvent sembler bonnes et raisonnables maintenant pour ne pas agir, seront bien pâles aux yeux de l’Histoire et pour les générations à venir.

Monsieur le Président, peu importe ce que vous accomplissez dans une autre arène, nationale ou internationale, si vous n’ adoptez pas et n’appliquez pas rapidement, de concert avec les alliés des États-Unis, une politique globale, coordonnée et révisée envers le Soudan, votre bilan sera à jamais lié à votre échec pour mettre un terme au génocide du Darfour. Vingt ans après le jour où vous aurez quitté votre bureau, de nouveaux charniers seront découverts dans un village isolé au Darfour, et votre bilan deviendra, dans les livres d’histoire, un bilan de mort.

Dans cinquante ans, il sera incompréhensible pour tous ceux qui vont apprendre l’histoire des génocides, que vous ayez exercé la fonction de président américain pour deux mandats, et  permis à Béchir, le cerveau et le bourreau du Darfour, le premier chef d’Etat inculpé par la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, de continuer à commettre ces crimes terribles. L’histoire retiendra que vous avez échoué à arrêter les tueries, les déplacements, les viols et autres conséquences destructrices, qualifiés de génocide par le Congrès américain et par vous-même.

Monsieur le Président, je vous supplie de prendre les mesures nécessaires pour sauver la vie de civils soudanais qui n’ont pas été encore tués par leur gouvernement. Comme vous l’aviez dit en 2007, le génocide est «une tache sur nos âmes.» S’il vous plaît ne laissez pas le génocide au Soudan devenir la tache indélébile de votre bilan.

Cordialement,

Mohamed Suleiman

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