Lettre à Yossi GAL, Ambassadeur d’Israël en France

Paris, le 20 juin 2012

Monsieur l’Ambassadeur,

Nous sommes inquiets de la situation des réfugiés du Soudan en Israël.

En effet, les incidents ayant eu lieu lors de la manifestation du 23 mai 2012 à Tel-Aviv et l’incendie criminel du 4 juin à Jérusalem nous laissent penser que la situation s’est dégradée pour les réfugiés érythréens et soudanais ces dernières semaines.

Lors de la manifestation du 23 mai dernier comptant un millier d’israéliens, ont été scandés des slogans tels que « les Soudanais au Soudan ! ». Le 4 juin, un incendie criminel visant un immeuble de Jérusalem habité par 18 migrants africains fait quatre blessés et on retrouvera sur le mur de l’immeuble l’inscription « Dégagez du quartier ».

Dans le communiqué du 6 juin, le Ministère des Affaires Etrangères dit : « Il n’y a aucune justification à la perpétration d’un tel crime mettant la vie d’individus en danger. »

Nous saluons cette déclaration mais restons préoccupés quant aux déclarations du Ministre de l’Intérieur indiquant que l’ensemble des immigrés clandestins devraient être mis en prison « pour préserver le caractère juif de l’Etat d’Israël » et quant aux expulsions des migrants vers leur pays d’origine ayant commencé dimanche 17 juin dernier.

Les difficultés liées à l’accueil de populations migrantes ne peuvent justifier les propos entendus ces dernières semaines de certains dirigeants et représentants israéliens : stigmatisation des populations africaines, vision de l’étranger comme menace à sa propre identité, utilisation de statistiques fantaisistes pour désigner les populations africaines comme principal facteur d’insécurité, …

Depuis 2005, Israël est une terre d’accueil pour les migrants africains, notamment pour les soudanais du Darfour. On estime à 60 000 le nombre de migrants africains, parmi lesquels 35 000 en provenance du Soudan et de l’Erythrée. Les récentes déclarations du Ministre de l’Intérieur rompent avec cette politique d’accueil. Israël a le droit d’avoir la maîtrise de ses frontières et des entrées sur son territoire mais Israël est lié par ses engagements internationaux  quant au traitement des réfugiés et au droit d’asile.

De ce point de vue, nous avons des informations par des organisations israéliennes telles que l’Africa Refugee Development Center (ARDC) à Tel-Aviv et  Hotline for Migrants Workers  qui nous alarment.

Le Darfour et plusieurs régions du Soudan subissent toujours les exactions du gouvernement de Khartoum. Ce pays est présidé par Omar El Béchir, poursuivi par la Cour pénale internationale pour crime de génocide au Darfour.

Enfin, Israël développe des efforts pour tisser des liens de coopération économiques et politiques avec de nombreux pays africains. Ces efforts peuvent être menacés par un traitement ni digne ni équitable des réfugiés africains en Israël.

Monsieur l’Ambassadeur, nous sollicitons une entrevue avec vous pour avoir votre retour face à cette situation qui ne peut perdurer,

Nous vous prions de croire, Monsieur l’Ambassadeur, à l’expression de notre haute considération.

 

Dr Jacky Mamou, Président du Collectif Urgence Darfour

Audrey Moutot, Secrétaire Générale Adj.

 

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