Inadmissible : le Malawi reçoit El-Béchir

Le Malawi s’est opposé à la demande d’organisations internationales de droits de l’homme, d’arrêter le président soudanais Omar el-Béchir qui est arrivé à Lilongwe, capitale malawite, pour participer au sommet annuel du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), qui a débuté vendredi 14 octobre.

Cinq autres chefs d’Etat africains participent à ce sommet de deux jours. Amnesty International a qualifié d’« inacceptable » le refus public du président malawite Mutharika d’appliquer les décisions de la Cour pénale internationale (CPI) et a appelé tous les membres de la communauté internationale à aider la CPI à l’exécution de ses mandats d’arrêt concernant la situation au Soudan.

Les autorités ont l’obligation légale de fournir une vraie justice pour les victimes de crimes contre l’humanité et d’autres crimes de droit international commis au Darfour, et ne devraient pas accueillir des fugitifs internationaux,

a déclaré jeudi Marek Marczynski, le directeur de campagne d’Amnesty International Research. Un officier de police du Malawi a confirmé que M. Béchir ne serait pas arrêté.

Le président du Malawi, utilisant le classique argument démagogique, avait déclaré en mars dernier que les dirigeants africains ne devraient pas être jugés à La Haye pour des crimes qui ont eu lieu en Afrique. Un dirigeant de l’opposition malawite, Humphrey Mvula du Front uni démocratique, a estimé que son pays serait « complice » du président soudanais si ce dernier n’était pas arrêté.

Rappelons qu’Omar el-Béchir est sous mandat d’arrêt de la CPI pour crimes contre l’humanité et génocide au Darfour, où, selon le chiffre restrictif de l’ONU, 300 000 personnes sont mortes depuis 2003. Béchir a rejeté les accusations en arguant du fait qu’il s’agissait d’une « conspiration occidentale » contre lui. Ce type d’argument est régulièrement employé par les dictateurs et les Etats génocidaires pour décrédibiliser les accusations de génocide.

Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré :

Nous regrettons l’invitation adressée par le Malawi au président Béchir pour le sommet du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) et appelons ce pays à respecter ses engagements à l’égard de la CPI. La France a activement contribué à la création de la Cour pénale internationale et soutient son action. L’ensemble de la communauté internationale doit rester fermement investie dans la lutte contre l’impunité des auteurs de tels crimes.

Dans un communiqué, la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, « exhorte le Malawi à respecter ses obligations en vertu du droit international pour se conformer à la Cour pénale internationale (CPI) ». Le Malawi* a ratifié le statut de Rome, traité fondateur de la CPI : il était donc théoriquement obligé d’arrêter M. Béchir dès son arrivée dans le pays.

Le Collectif Urgence Darfour demande qu’au-delà des mots les moyens soient enfin donnés à la CPI pour mettre à exécution ses mandats d’arrêt.

 

* Situé en Afrique australe, entre le Mozambique, la Zambie et la Tanzanie, le Malawi prétend fonctionner depuis 1994 comme une démocratie. Selon la Constitution de 1995, le président est élu tous les cinq ans au suffrage universel. Né Ryson Webster Thom, le président Bingu wa Mutharika a été élu en 2004 et réélu en mai 2009. Sa vice-présidente est Joyce Banda.

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