« Honte au Soudan ! Honte au président Béchir ! Honte au monde ! », par Luis Moreno Ocampo

Sources département de presse de l’ONU et Collectif Urgence Darfour, le 04/03/2012.

Le Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), M. Luis Moreno-Ocampo, a donné des détails à la presse, sur le mandat d’arrêt émis le 1er mars à l’encontre d’Abdel Raheem Muhammad Hussein, qui est actuellement Ministre de la défense du Soudan, accusé de 41 chefs de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre qui auraient été commis au Darfour.

Le Procureur a indiqué qu’Abdel Raheem Muhammad Hussein était ministre de l’intérieur du Soudan pendant la période 2003-2004.  C’est en 2007 que le Bureau du Procureur a déféré l’affaire Hussein à la Cour, pour son rôle dans les attaques perpétrées contre des villages au Darfour, alors qu’Ahmed Haroun était soupçonné d’avoir coordonné l’envoi des forces militaires et des milices pour tuer et violer les habitants de ces villages.

Depuis lors, nous avons découvert que M. Hussein serait en réalité responsable de la coordination générale des organes de sécurité opérant à l’échelon du pays, des États et des localités, ainsi que du recrutement, de l’armement et du financement des forces de police et des miliciens / Janjawids au Darfour,

a expliqué le Procureur.

Ce nouveau mandat d’arrêt concerne 20 crimes contre l’humanité (persécutions, meurtres, transfert forcé, viol, actes inhumains, emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté et torture) et 21 crimes de guerre (meurtre, attaques contre la population civile, destruction de biens, viol, pillage et atteintes à la dignité de la personne).

D’autres ont été poursuivis dans cette affaire, a rappelé le Procureur, notamment le Président soudanais Omar El Béchir.

Devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies le 15 décembre dernier, le Procureur a montré la responsabilité personnelle du Président du Soudan dans les attaques contre des villages au Darfour.

Omar El Béchir a publiquement ordonné à ses forces de ne pas prendre de ‘prisonniers’ et de mettre en œuvre une politique de ‘la terre brûlée’. Les intentions génocidaires du Président Bachir étaient claires quand il a privé d’assistance des groupes entiers alors qu’ils étaient expulsés de leurs maisons vers des régions inhospitalières. Ils étaient condamnés à mourir dans le désert,

a souligné le Procureur de la CPI.

M. Moreno-Ocampo a précisé que le mandat de la Cour se limitait à la situation au Darfour, ce qui ne lui permet pas de poursuivre des crimes commis dans les États du sud-Kordofan et du Nil Bleu, ni à Abyei, même si certaines ONG ont averti qu’Abdel Raheem Muhammad Hussein, ainsi qu’Ahmed Haroun et Omar  El Béchir, déjà poursuivis pour des crimes commis au Darfour, auraient également commis des crimes graves dans ces régions.

Nous espérons trouver des solutions pour faire cesser les crimes contre la population,

a-t-il dit.

Le fait qu’on dénonce aujourd’hui des personnes qui sont poursuivies par la Cour pour des crimes similaires commis ailleurs met en évidence « le prix de l’impunité, a souligné Luis Moreno-Ocampo, soulignant que l’immunité n’était pas seulement un problème juridique.  « Nous avons fait notre travail mais les crimes continuent à être perpétrés », a-t-il regretté.

En outre, les femmes qui sont victimes de viols ne peuvent pas dénoncer ces crimes et, quand bien même elles le pourraient, elles ne le feraient pas car elles savent qu’elles se feraient violer à nouveau, a-t-il expliqué.

Une autre affaire en cours concerne deux commandants de groupes rebelles poursuivis pour une attaque contre les soldats de la paix de l’Union africaine (UA). Douze soldats de l’UA ont été tués, leur base pillée, et des milliers de personnes ont été déplacées dans une zone dépourvue de protection. Les deux commandants, Abdallah Banda Abakaer Nourain et Saleh Mohammed Jerbo Jamus se sont présentés de façon volontaire devant la Cour en juin 2010.

Le 3 mars dernier, Luis Moreno Ocampo  avait appelé les leaders du monde  à faire des efforts pour mettre fin au conflit du Darfour.

La comparution d’Omar el Béchir devant une Cour criminelle est seulement une question de temps…

a déclaré le Procureur.

A propos de la situation au Darfour  et les souffrances endurées par ses populations le magistrat international a déclaré:

Honte au Soudan et au président Béchir et honte au monde !

Il a lancé un appel pour travailler ensemble et mettre fin au calvaire des populations et à la crise du Darfour.

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