Honte à l’ONU, par Rebecca Tinsley

Le  13 juillet dernier, une patrouille de casques bleus tanzaniens est tombée dans un guet-apens, tendu par des miliciens liés au Chef Janjaweed Ali Kushaib, allié d’Omar el Béchir et recherché par la Cour Pénale Internationale (CPI). L’attaque s’est déroulée au Sud-Darfour et a coûté la vie à 7 casques bleus, 17 autres sont blessés.

Ce n’est pas la première fois que Khartoum et ses alliés tentent de terroriser la mission ONU-Union Africaine dite l’UNAMID .

 La Procureure de la CPI, Mme Fatou Bensouda, évoque un crime de guerre, susceptible de faire l’objet de poursuites par la Justice internationale.

 

HONTE A L’ONU

Rebecca Tinsley

Journaliste et militante des droits de l’homme.

Source : Huffington Post ; traduction : Collectif Urgence Darfour

Cette semaine, sept soldats de la force mixte de l’Union Africaine et de l’ONU (UNAMID) ont été tués dans la région du Darfour, déchirée par la guerre. Cela porte le nombre total de casques bleus tués à 157 (1). A la fin de ce mois-ci, l’ONU va procéder à un vote pour décider, s’il faut continuer le financement de la MINUAD, sa mission la plus chère du monde. Mais tant que l’ONU ne donnera pas à cette mission l’appui politique nécessaire pour remplir le mandat que lui a octroyé le Conseil de sécurité, il y aura plus d’argent et de vies gaspillés, et les habitants du Darfour continueront d’être terrorisés, victimes de viols et tués.

En théorie, les soldats de la paix sont au Darfour pour protéger les civils, mais en pratique ils ne peuvent même pas se protéger eux-mêmes. La dernière embuscade s’est produite dans une zone contrôlée par l’une des milices supplétives du régime soudanais. Khartoum a promis d’enquêter, comme toujours. Mais à ce jour, personne n’a été amené à rendre compte de la mort d’autres soldats de la paix, ou de travailleurs humanitaires, comme ces deux de l’ONG World Vision, tués récemment dans des circonstances similaires au Darfour.

Jusqu’à récemment, l’ONU avait  insisté pour dire que le Darfour était devenu moins violent, et que les personnes qui avaient été victimes de nettoyage ethnique par leur propre gouvernement, rentraient finalement chez elles (2). Aucune mention n’était faite de la permanence des viols systématique des filles et des femmes, ou de la destruction et du pillage de villages. Ces assertions de l’ONU se sont avérées politiquement absurdes : depuis le mois de janvier,  300.000 civils ont fui vers des camps, prouvant l’augmentation du niveau de la terreur (3). Dix ans après que le régime de Khartoum ait commencé sa politique de bombardements de villages non arabes, 1,4 million d’habitants du Darfour (sur une population de six millions) vivent dans des camps de réfugiés sur la frontière avec le Tchad ou luttent pour survivre sans aucune protection dans des camps de déplacés. (4).

L’ONU a bloqué le compteur du nombre de morts au Darfour à 300.000 en 2007 (5). Depuis Janvier 2009, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires  de l’ONU a cessé la publication de son bulletin d’analyse : «Profil humanitaire au Darfour » sur les conditions désastreuses de vie au Darfour, dans l’espoir qu’en apaisant le régime, les auteurs du nettoyage ethnique pourraient changer d’attitude (6). Des membres du personnel des Nations Unies ont admis que leur chef du service, Georg Charpentier, soumettait à l’approbation du régime ses communiqués de presse avant de les publier. (7). Il n’est pas étonnant dans ces conditions, que les pauvres gens du Darfour soient convaincus que  l’ONU  soit du côté de leurs oppresseurs.

C’est cette attitude de soumission qui met en danger la vie des soldats de la paix. Les officiers de la MINUAD savent qu’ils ont peu de soutien à attendre des hauts-fonctionnaires de l’ONU. S’ils mettent en cause les services de sécurité soudanais et les autorités locales, ils sont peu susceptibles de recevoir le soutien de leurs supérieurs dont la priorité, semble t’il, est d’apaiser les responsables de la violence plutôt que de les contester. Si les soldats de la paix interprètent leur mandat au pied de la lettre, en essayant de protéger les civils contre les attaques, ou en désignant de quel côté viennent ces  attaques, ils prennent des risques personnels, sans aucune garantie que  l’ONU à New York, soit de leurs côtés.

Tous les jours, les autorités soudanaises inventent de nouvelles règles pour empêcher  les caques bleus de la MINUAD d’exercer leur  mission; l’administration coupe leur approvisionnement pour les affaiblir; les officiers de sécurité soudanais les obligent à respecter le couvre-feu, plutôt que de les laisser patrouiller, l’armée et la police de Khartoum les empêchent de se rendre dans les villages  d’où parviennent des rapports faisant état de violence. Mais au lieu d’exiger que le Soudan respecte ses propres engagements, en respectant les conventions et traités internationaux qu’il a signés, l’ONU ne parvient pas à protéger son propre personnel.

Le sommet de l’absurde a été atteint en 2007, quand l’ONU a présenté ses excuses à Khartoum après qu’une  de ses agences locales ait révélé que les Soudanais maquillaient leur avions militaires aux couleurs de l’ONU pour transporter des armes au Darfour, violant ainsi l’embargo décidé par les Nations Unies (8). En attendant la MINUAD est à court d’équipements essentiels, tels que des hélicoptères, indispensables pour protéger les civils en danger imminent ou pour surveiller le terrain,  deux éléments essentiels du mandat de l’ONU au Darfour.

Les criminels de guerre de Khartoum tirent les bonne conclusions de l’acquiescement de l’ONU: la réprobation du Secrétaire général ne compte pas pour grand-chose alors que les Nations-Unies ne parvient pas à faire tenir ses engagements internationaux a Khartoum. L’ONU pourrait appliquer et faire appliquer les sanctions déjà adoptées par le Conseil de sécurité – comme des sanctions intelligentes qui rendraient la vie personnelle des dirigeants soudanais gênante. L’ONU pourrait aussi mettre fin aux discussions sur l’allégement de la dette dont le Soudan a tant besoin. Pourtant, on persiste à croire que Khartoum répondra favorablement à d’autres manifestations de veulerie, plutôt que de les interpréter comme une faiblesse immédiatement mise à profit.

Pendant des années, les milices proches de Khartoum ont harcelé et tué le personnel des Nations Unies, y compris des soldats de la paix. Leurs actions ont été accueillies par rien de plus fort que quelques mots de condamnation du siège de l’ONU à New York, signalant clairement que le régime soudanais est libre de faire ce qu’il veut. Et Khartoum a pu violer la souveraineté internationale du Sud-Soudan voisin en bombardant les camps de réfugiés qui s’y trouvent, sans préjudice (9). Il n’est donc pas étonnant que les soldats de la MINUAD soient réticents à risquer leur vie pour protéger les civils. Nous devons à la mémoire de leurs collègues morts, et aux habitants du Darfour victimes de violence chaque jour, d’insister pour que, pour une fois, Khartoum enquête et punisse les responsables des vie perdues au Soudan.

 

1. UNAMID Facts and Figures – African Union/United Nations Hybrid operation in Darfur

2. UN says Darfur situation improving as peacekeepers report violent incidents – Sudan Tribune: Plural news and views on Sudan

 3. BBC News – Darfur conflict displaces 300,000 in five months – UN

 4. Ibid

5. Ibid

6. sudanreeves.org :: Humanitarian Conditions in Darfur: The most recent reports reveal a relentless deterioration

7. Darfur Daily News: Does UN humanitarian coordinator George Charpentier follow orders of Omar al Bashir’s Minister for Humanita

8. Sudan Flying Arms to Darfur, Panel Reports – New York Times

9. BBC News – Sudan ‘bombs refugees’ in South Sudan’s Unity state

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