Emeutes anti-occidentales : les jeux de dupes des islamistes au Soudan

Publié dans le PLUS du NouvelObs le 19 sept. 2012

 

Les renards islamistes au pouvoir à Khartoum ont trouvé une bonne occasion de détourner la colère du pays, loin de leurs responsabilités, mais vers les Occidentaux.

 

Le film « L’Innocence des musulmans » – faut-il parler d’un film ? – a servi de prétexte pour une mobilisation violente dans les rues de la capitale.

 

L’ambassade allemande a été détruite et les représentations des États-Unis et de la Grande Bretagne attaquées.

 

Un pays frappé par la pauvreté et le désespoir

 

Le Soudan est un pays massivement endetté, épuisé économiquement par les guerres et la gabegie d’Omar el-Béchir et de ses complices. C’est un État miné par la corruption morale entraînée par les crimes monstrueux commis au Sud-Soudan et dans les Monts Noubas pendant des décennies, puis au Darfour, et maintenant au Sud-Kordofan et au Nil Bleu.

Depuis quelques mois, les budgets de l’éducation, de la santé, du développement subissent des coupes drastiques au détriment du bien-être des citoyens. C’est tout le contraire pour les sommes allouées à la sécurité intérieure et à l’armée.

 

Le désespoir face à l’augmentation du coût de la vie en général, particulièrement des produits de base, avait entraîné des protestations dans tout le pays. Ces manifestations pacifiques ont subi une répression sauvage faisant des morts et des blessés, les arrestations se sont multipliées, de nombreux cas de tortures ont été dénoncés par les ONG de défense des droits de l’Homme.

 

Le paradoxe du Soudan est que les islamistes du Front national islamique sont au pouvoir depuis leur coup d’État de 1989 ; l’hiver islamiste dure à Khartoum depuis… 23 ans.

 

Un film instrumentalisé par le pouvoir en place

 

Quelle formidable aubaine que ce « film », pour les dirigeants soudanais : ils peuvent prendre la posture de donneur de leçon face aux puissances occidentales qui soutiennent la Cour pénale internationale (CPI), cette juridiction qui poursuit le président soudanais Omar el-Béchir et quelques-uns de ses complices pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide commis sous leurs ordres au Darfour.

 

Et quel bon moyen de fournir un exutoire à des populations frappées par la pauvreté et le désespoir ! Prendre d’assaut quelques ambassades pour « défendre l’islam » en prenant prétexte d’un film que personne ou presque n’a vu, arrange bien les dirigeants soudanais.

 

Par différentes sources, il se confirme que le régime a mobilisé les groupes fondamentalistes, qu’il a déjà utilisés en de multiples occasions comme force de frappe contre l’opposition politique ou le mouvement social. Les liens de ces organisations islamistes avec le parti au pouvoir sont des secrets de polichinelles.

 

Pour mémoire, depuis l’indépendance récente du Sud-Soudan, composé essentiellement de chrétiens et d’animistes, Omar el-Béchir a promis une constitution islamiste et la Charia comme base de la justice du pays.

 

Rappelons que le Soudan avait accueilli Ben Laden puis Carlos, et que le Hamas est considéré comme un allié dont le régime fait transiter les armes lourdes à travers le territoire soudanais. Le pays est considéré par les États-Unis comme un État voyou et fait l’objet d’un embargo.

 

L’opinion publique chauffée à blanc

 

L’oncle d’el-Béchir est propriétaire du journal « Al Intibaha » qui a chauffé à blanc l’opinion ; des miliciens gouvernementaux des Forces de défense populaires ont été identifiés parmi les meneurs des émeutiers.

 

Il n’est pas étonnant dans ces conditions que Khartoum ait refusé l’arrivée de forces spéciales américaines pour protéger l’ambassade. L’opposition ne s’y est pas trompée : les Darfouris du Mouvement de libération du Soudan (SLM), les dirigeants du SPLM-Nord (branche nordiste du Mouvement de la libération des personnes du Soudan du sud), ceux du mouvement civique « Sudan Change Now » ont condamné fermement les attaques contre les représentations occidentales et accusent le gouvernement d’être derrière ces assauts.

 

Reste à savoir si les assauts d’ambassades et la tension contre les Européens et les Américains constituent une politique durable.

 

La visite des opposants soudanais du SPLM-Nord reçus à Washington par tous ceux qui comptent en politique étrangère devrait inciter les renards islamistes à se tenir sur leurs gardes.

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