EL BECHIR plus fort que l’ONU ?

Le maréchal-président El-Béchir, dictateur islamiste dont le régime est engraissé par les pétro-dollars, va-t-il faire plier la communauté internationale ? On est en droit de se poser la question depuis que la Chine et la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ont laissé entendre que ledit Conseil pourrait adopter une résolution suspendant provisoirement l’enquête de la CPI menée par le procureur Luis Moreno-Ocampo.

On sait en effet que celui-ci doit annoncer ce lundi 14 juillet une demande de poursuites contre de très hauts responsables du gouvernement soudanais, dont très certainement El-Béchir lui-même qui pourrait être accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, voire de généocide. Depuis que l’information a été révélée, Khartoum a lancé des menaces à peine voilées contre tout ce que la communauté internationale compte de représentants sur le terrain.

Sont ainsi ciblés les troupes de la MINUAD, les humanitaires, les représentants de l’ONU et, pour faire bonne mesure, les ambassades de plusieurs pays occidentaux. Preuve que la réputation d’El-Béchir n’est plus à faire, les consignes de prudence ont aussitôt fusé : la MINUAD est en état d’alerte, les membres des ONG ont reçu consigne de faire « profil bas » (ceux de nationalité américaine ont même été en partie rapatriés), les agences onusiennes ont procédé à des exercices d’évacuation et pourraient retirer tous les personnels qui ne sont pas essentiels, les autres se devant d’éviter les déplacements inutiles et de faire provision de vivres.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ali al-Sadiq, a déclaré : « Nous avons assuré (la sécurité) de toutes les missions diplomatiques et des bureaux de l’ONU. Tous sont sous la protection du gouvernement, y compris les soldats de la paix (de l’ONU). Le gouvernement va faire son maximum pour les protéger ». Il a précisé que les autorités soudanaises renforçaient la sécurité, notamment autour des ambassades de France, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis à Khartoum. Ce qui en termes clairs signifie : « Les gars, vous allez avoir de gros ennuis, et il ne dépend que de nous qu’ils ne soient plus gros encore. Alors dites à Ocampo d’arrêter de nous emmerder. »  Se passant d’ailleurs des habituelles précautions diplomatiques, ce brave Ali al-Sadiq a carrément prédit le « chaos » au cas où son patron se verrait mis en accusation.

La communauté internationale est donc prévenue : si elle laisse faire la CPI (mandatée par l’ONU, rappelons-le), personne au Soudan ne sera à l’abri des représailles. Le régime militaro-islamiste de Khartoum se lance ainsi dans un défi frontal à l’ONU. De bonnes âmes ont cru devoir dénoncer la démarche du procureur Moreno-Ocampo qui risquerait, selon elles, de miner le processus de paix au Darfour – argument qu’utilise également le ministre des Affaires étrangères soudanais. Mais il faut être sourd, aveugle et sans mémoire pour croire Khartoum sincèrement engagé dans un quelconque « processus de paix », sauf en vue de la paix des cimetières darfouris. Faut-il rappeler les attaques continuelles contre les civils, les sept morts de la MINUAD, le 8 juillet, dans un secteur sous contrôle gouvernemental, l’impunité des milices janjawids et autres bandes manipulées par le régime qui agressent régulièrement les humanitaires ?

Si le Conseil de sécurité devait suivre les recommandations russes et chinoises et voter le gel des poursuites par la CPI, ce serait apporter le plus formidable encouragement à toutes les dictatures criminelles de la planète. Ce serait leur fournir la preuve qu’un régime d’assassins peut à lui tout seul faire céder la communauté internationale. Non, l’ONU ne doit pas lâcher le procureur Moreno-Ocampo !

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