Dans les affaires du Sud-Soudan , Khartoum n’est jamais très loin !

Dans les affaires du Sud-Soudan , Khartoum n’est jamais très loin !

                                                                                                                         Par SO

 

 

Depuis la scission du Soudan du Sud en 2011, le régime soudanais a toujours cherché à exercer une pression sur son voisin du sud, et notamment sur la question pétrolifère et celle de sa propre opposition dans les régions du Kordofan et du Nil bleu, à la frontière avec le Soudan du Sud.

Sur le territoire du tout nouvel Etat, on trouve de l’or noir, beaucoup d’or noir. C’en est même la principale richesse du pays. En effet, le Soudan du Sud tire la quasi-totalité (98%) de ses revenus du pétrole, présent notamment dans les Etats de Jonglei, du Haut Nil et d’Unité. Mais pour pouvoir l’exporter, et donc en tirer bénéfice, il dépend des oléoducs qui passent par le territoire soudanais jusqu’à Port-Soudan, et doit donc verser au voisin du Nord des droits de transit. Faute d’accord sur le montant de ces droits, l’exportation du pétrole a été souvent problématique, et Khartoum en a profité pour exercer pressions et chantage sur Juba en empêchant le passage sur son territoire du pétrole sud soudanais, privant ainsi le Soudan du Sud de revenus dont il a cruellement besoin. Khartoum et Juba ont fini par signer un accord en septembre 2012. Gérard Prunier rappelle ainsi que « le président Salva Kiir avait accepté de payer 7,5 euros le baril en droits de transit. Et il avait ensuite fini par accepter de payer de plus en plus, jusqu’à 21,70 euros le baril, alors que le tarif mondial est inférieur à 1,45 euros » (http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/12/29/le-probleme-du-soudan-du-sud-n-est-pas-ethnique-mais-politique_4340963_3212.html). Si Kiir a accepté les conditions extrêmement désavantageuses de Béchir, c’est qu’il est contraint de faire rentrer de l’argent dans son pays pour pouvoir affronter sereinement les élections de 2015. Par là même, Béchir détient les clefs de la réélection du Président Sud Soudanais. Et il le sait.

 

Par ailleurs, Béchir doit faire face à sa propre opposition, qu’il tente d’étrangler. Pour cela, il a exigé la fin du soutien de Kiir au SRF (Front Révolutionnaire Soudanais, constitué du SPLM Nord et de groupes du Darfour). Cela s’est traduit par la mise à la retraite de 170 officiers sud soudanais qui appuyaient le SPLM Nord qui lutte contre le dictateur Béchir.

 

Egalement, Kiir a reconstitué à l’été 2013 une équipe gouvernementale avec plusieurs affidés de Khartoum, afin d’apaiser le pouvoir soudanais selon Machar, alors évincé de son poste de Vice-Président.

 

Notons cependant que dans l’Histoire sud soudanaise, le Président Kiir n’a pas été le seul à se rapprocher de Khartoum. Dans les années 1990, en pleine guerre civile, Machar s’était allié avec les autorités de Khartoum, en signant en 1997 un traité de paix partiel et en devenant l’ « adjoint » de Béchir.

 

En somme, un jeu d’intérêts que Béchir manie visiblement assez bien. Et les objectifs du dictateur sont loin d’être le bien être et la protection de la population civile soudanaise… Cependant, le chaos au Soudan du Sud n’est pas forcément à son avantage. Omar el Béchir suit de près la situation. Il a d’ailleurs rencontré à plusieurs reprises son homologue sud soudanais depuis le début de la crise.

 

En effet, d’’un côté, la guerre au sud peut mettre à mal la réception de matériel en provenance du Soudan du Sud et à destination du SPLM Nord. Harry Verhoeven (spécialiste du Soudan à l’Université d’Oxford) a très vite annoncé le risque que l’armée soudanaise en profite pour lancer des offensives dans les régions du sud du Soudan où celui-ci combat. En avril, Khartoum a mené des attaques qui ont causé de lourdes pertes humaines et matérielles à ses opposants dans le Sud Kordofan. Coïncidence?

 

D’un autre côté, avec une production de pétrole affectée au Soudan du Sud (de nombreux travailleurs ont fuit les sites de gisement de pétrole), l’économie soudanaise pourrait être mise à mal. En effet, qui dit diminution ou arrêt de la production de pétrole au Soudan du Sud, dit que le Soudan ne percevra pas de droits de transit pour l’exportation de celui-ci via ses oléoducs. Or, au vu de la manne financière que cela représente, cet argent est le bienvenu pour l’économie soudanaise. Et une économie vacillante peut mener à de nouvelles manifestations, comme celles qui, en septembre avaient fait trembler Khartoum à cause de la hausse des prix, notamment du carburant.

 

Manifestations et opposition, deux mots que le dictateur Béchir exècre…

 

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