Centrafrique : massacres, responsabilités régionales et impunité; par SO

Centrafrique : massacres, responsabilités régionales et impunité.

Le rôle trouble du Soudan et du Tchad, nouveaux alliés.

 

                                                                                                    Par SO

                                                                                                                                                      

La République Centrafricaine, enclavée au cœur d’une Afrique tumultueuse, a pour voisins le Soudan, le Soudan du Sud, la République Démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Cameroun et le Tchad. Peu connaissaient jusque il y a peu, l’existence de ce pays toujours instable, si ce n’est lors de l’évocation du

sulfureux Bokassa. Mais le chaos qui y sévit depuis un an a atteint des sommets. Les organisations humanitaires, tout comme l’ONU, dénoncent de nombreuses atteintes graves aux droits de l’homme : meurtres, viols, pillages, destruction de villages entiers, enrôlement d’enfants soldats…

 

Mais qui sont les responsables de ce chaos centrafricain ?

Bangui. « Zo kwe zo », principe érigé par le père fondateur Boganda, littéralement « un homme vaut un homme » c’est-à-dire « tous les hommes sont égaux ».

 

 

Le 10 décembre 2012, une coalition de rebelles qui s’est donné le nom de Seleka (« alliance » en sangö, la langue nationale) a pris les armes, et après s’être emparé d’une grande partie du pays en décembre, a conquis la capitale Bangui et pris le pouvoir le 24 mars 2013. Cette coalition est formée à l’origine de divers groupes rebelles : l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement de Michel Djotodja, la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix de Noureddine Adam, le Front Démocratique du Peuple Centrafricaine d’Abdoulaye Miskine et la Convention Patriotique pour le Salut du Kodro de Mohamed Dhaffane, rejoints ensuite par l’Alliance pour la Renaissance et la Refondation de Salvadore Edjezekanne. Venus du nord du pays, ils sont très majoritairement issus de la minorité musulmane (environ 15% de la population centrafricaine). Et ils délogent le président alors en place, François Bozizé, de plus en plus décrié pour sa corruption et son incompétence.

 

Mais ils ne sont pas seuls. Après de nombreuses années de conflit le Soudan et le Tchad sont depuis 2010  de nouveaux alliés. Des mercenaires soudanais et tchadiens sont dans les rangs de ces nouveaux combattants. Parmi eux, des rebelles du Tchad voisin à la frontière poreuse. Mais aussi des Soudanais. Et notamment des Janjaweed, les miliciens pro-Béchir, tristement célèbres pour leurs massacres au Darfour, toujours impunis. C’est en 2005, alors qu’il était consul de Centrafrique au Soudan, et plus précisément à Nyala au Darfour, que Michel An-Nondroko Djotodja aurait pu nouer des contacts avec ces milices. On retrouvera d’ailleurs dans les rangs de la Seleka Moussa Assimeh, ancien colonel de l’armée soudanaise et chef Janjaweed, qui a été qualifié de plus redoutable des seigneurs de guerre de la Seleka. Il a depuis dû quitter Bangui en octobre 2013. Le Soudan présidée par Omar el Béchir, un chef d’Etat poursuivi par la  Cour Pénale Internationale, est également soupçonné d’avoir armé la Seleka.

 

Quant au Tchad dirigé par Idriss Deby, il semble également avoir eu un rôle trouble dans la crise centrafricaine. Imposant un jour des accords de paix (accord de Libreville du 11 janvier 2013) aux rebelles de la Seleka, lâchant Bozizé le lendemain (certains accusent les éléments tchadiens, déjà présents sur place dans le cadre de la Force multinationale d’Afrique Centrale, la FOMAC, d’avoir aidé la Seleka à prendre Bangui le 24 mars 2013.

C’est Idriss Déby qui a organisé au Tchad le sommet qui a poussé Djotodja à démissionner en janvier 2014. Le Tchad souhaite éviter les débordements sur son territoire, mais aussi garder son influence, sa tutelle diront certains, sur la République Centrafricaine. Plus tard, une hostilité s’est même exprimée parmi les habitants chrétiens, à l’encontre du contingent tchadien accusé de complaisance avec les Seleka.

A ces combattants se sont ajoutés des bandits des grands chemins. De 5000 lorsque ses hommes ont pris les armes en décembre 2012, la Seleka comptait 20 000 hommes lorsqu’elle a conquis Bangui, et le pouvoir, le 24 mars 2013.

 

Face aux innombrables exactions des hommes de la Seleka, des milices d’autodéfense se sont constituées : les anti-balaka (anti-machettes). Sans véritable organisation, on retrouve dans leurs rangs des villageois voulant défendre leurs villages, mais aussi des anciens Forces Armées Centrafricaines (l’armée régulière en déroute) et autres partisans de Bozizé,  lequel rêve toujours d’un retour au pouvoir. Aux exactions de la Seleka, ils ont répondu par de nouvelles exactions, cette fois sur la population civile musulmane, accusée d’avoir soutenu la Seleka.

Navi Pillay, Haut-Commissaire aux droits de l’homme à l’ONU, a mis les leaders centrafricains face à leur responsabilité : « Les dirigeants devraient garder à l’esprit l’impact direct de leurs paroles et de leurs actions sur leurs partisans, et ils doivent comprendre qu’ils pourraient être tenus pour responsables des crimes qu’ils auraient ordonnés, sollicités ou incités».

 

C’est le cercle vicieux de la violence dont le pays devra se sortir s’il souhaite un retour à la paix.

 

Avec le désarmement, la fin de l’impunité est nécessaire si l’on veut pouvoir espérer la fin des atrocités. Car si les différentes composantes  de la population centrafricaine avaient toujours vécu en relative harmonie, la haine s’est aujourd’hui largement ancrée dans la population. Et ce sont toujours plus de victimes civiles que l’on déplore, toujours plus de victimes civiles qui se retrouvent à fuir, dans la brousse, dans des camps de déplacés internes ou dans les pays voisins. Pendant ce temps, les Seleka, qui se replient vers le nord,  sans avoir été désarmés, perpétuent de nouveaux massacres. Et malgré l’intervention française, malgré la force africaine de la MISCA, la Mission Internationale de Soutien à la République  Centrafricaine, agissant sous mandat de l’ONU, on continue de tuer dans le pays.

Par ailleurs, la République Centrafricaine, un des pays les plus pauvres du monde, 180ème rang sur 187 à l’indice de développement humain en 2012, n’a plus d’Etat depuis longtemps. Les services de base, la santé, l’éducation, la justice, la police n’existent plus et tout est à reconstruire. Bien-sûr un retour à la sécurité pour tous est un préalable, mais sans une aide massive de la communauté internationale et de ses organes financiers rien ne sera possible. Encore faut-il que Le Tchad et le Soudan veuillent bien changer d’attitude, et ça c’est une autre histoire…

 

 

 

 


 

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