TAKE CARE TOM!

 

Take care Tom !

 

Vous n’avez sans doute jamais entendu parler de Tom Catena. C’est un chirurgien américain qui travaille dans un petit hôpital, enclavé au cœur du Sud-Kordofan, une région du Soudan.

 

Vous vous dîtes, c’est un coopérant utile dans un endroit déshérité du monde. Vous vous trompez. Le Dr Catena  est un homme indispensable qui sauve des vies tous les jours. Il est, depuis plusieurs années, le seul chirurgien travaillant dans un Etat en guerre, où les rebelles du SPLM-Nord (Armée de Libération populaire du Soudan) s’opposent aux troupes de Khartoum.

 

Quand nous vous disons que Tom Catena est chirurgien, ce n’est pas exact. Il fait aussi de la médecine, et là aussi, il est l’unique praticien d’un immense territoire. C’est-à-dire qu’il suture les plaies, plâtre les factures, causées par les bombardements de l’aviation soudanaise, mais aussi ferme les hernies, pratique les césariennes. Il traite les enfants victimes du paludisme ou de pneumonie, mais aussi les adultes atteints de leishmanioses, une maladie parasitaire qui sévit dans le Sud-Kordofan. Il lui est même arrivé de soigner des soldats de l’armée régulière soudanaise, abandonnés sur le terrain par leur unité.

 

Autour de lui, il y a une équipe d’infirmières, formées pas ses soins. Avec Marc Roussel, nous avions visité son petit hôpital pour lui apporter quelques médicaments et de matériel que le Collectif Urgence Darfour avait collectés. Nous étions tous les trois impressionnés par cet homme grand, maigre, au regard noir et intelligent. Il est catholique et l’Eglise maintient cette modeste structure hospitalière au milieu de la tourmente d’une guerre inégale.

 

 

 

Les Islamistes au pouvoir à Khartoum, n’aiment pas le Dr Catena. Il est efficace pour soigner les blessés, il rassure les populations par sa seule présence, les aide à se maintenir sur-place et donc à ne pas rejoindre les centaines de milliers de leurs compatriotes dans des camps au-delà de la frontière, au Sud-Soudan. Tom est le symbole de la solidarité internationale au Soudan.

 

Il y a deux jours, l’aviation soudanaise a bombardé l’hôpital du Dr Catena. Onze bombes ont visé ostensiblement le petit bâtiment, blessant des soignants et des malades, créant la panique chez tous. Ils n’ont pas eu Tom. Car évidemment c’était lui qui était visé. Il faut dire que les Antonov soudanais ne sont pas précis : ils ne touchent que des villages habités, des marchés pleins de monde, des stocks de récolte…Evidemment cela est dit ça ironiquement car, comme au Darfour, l’armée ne sait faire qu’une chose, la guerre contre les civils. La Cour Pénale Internationale en est convaincue, c’est pourquoi elle a lancé un mandat d’arrêt international à l’encontre du président soudanais Omar el Béchir et plusieurs autres dirigeants pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

 

L’impact psychologique est cependant certain. Certaines infirmières ont peur de retourner au travail, des malades, parfois venus après plusieurs heures de marche, vont être dissuadés d’aller consulter. Tous savent que le centre de soins était la cible. Trois jours avant, un drone avait tourné longuement dans le ciel au-dessus du bâtiment, sans doute pour faire des repérages. Il est important de faire savoir aux dirigeants qu’à la longue liste de crimes qui leur sont imputés, ils ne rajouteront pas impunément celui de notre collègue. La communauté médicale internationale ne devrait pas laisser faire cela.

 

Vous ne pourrez pas joindre le Dr Catena ce matin, il est au bloc opératoire…Tom Catena, un héros discret.

 

Take care Tom !

 

Dr Jacques Bérès, chirurgien, ancien président de Médecins sans frontières

Dr Jacky Mamou, pédiatre, président du Collectif Urgence Darfour, ancien président de Médecins du monde

Cet article a été publié sur le site de « La règle du jeu »

 

 

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