Actualisation de la situation au Darfour, par Christiane Mérelle

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  • Sur le plan politique, les « négociations » de Doha entre le gouvernement soudanais et les rebelles sont au point mort. Il n’y aucune perspective prochaine de paix au Darfour. Les principaux groupes d’opposition refusent toutes discussions, alors que l’armée soudanaise bombarde et que ses milices violent et tuent les civils. Les accords avec le LJM, un groupuscule nouvellement apparu, ou la nomination d’un Darfouri arabe inconnu comme vice-président ne trompent personne. Ce gouvernement ne connaît que la violence pour résoudre les problèmes du pays.

 

  • Le Darfour reste actuellement la plus grande opération humanitaire de la communauté internationale: 4 millions de personnes sont concernées par les secours. Mais l’aide humanitaire demeure toujours précaire et l’insécurité est savamment organisée par Khartoum. Récemment 600 000 personnes ont été longtemps privées des distributions alimentaires après l’enlèvement d’un équipage du Programme alimentaire mondial. Les déplacements forcés de population continuent. Depuis le début de l’année le Djebel Marra est bombardé quotidiennement et les attaques de l’armée et des milices janjawids ont obligé au cours des derniers mois des centaines de milliers de personnes à fuir leurs villages. Médecins du Monde, pratiquement la seule ONG médicale de la région, a été expulsée en février dernier.
    On pourrait multiplier les exemples. Comme le cas du camp de Zam Zam qui comptait jusqu’à peu 100 000 déplacés. En quelques semaines il y a eu un afflux de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les capacités d’accueil et l’offre humanitaire ont été submergées. L’enregistrement officiel de leur présence par les responsables humanitaires prend du temps; de fait les non enregistrés n’ont eu ni rations alimentaires ni couvertures, et ce en pleine saison des pluies…

 

  • Le président Béchir prône maintenant « la nouvelle politique ». Ce qui signifie, en quelques mots, que le temps n’est plus à l’urgence mais au développement du Darfour puisque la guerre serait finie. Donc il faut inciter les déplacés à rentrer chez eux, vers des terres et des villages, où tout est brûlé sinon occupé par des nouveaux arrivants alliés du régime. Le gouvernement soudanais a plaidé cette nouvelle option pour s’opposer à une reconduction du mandat des Casques bleus de la MINUAD. Heureusement il n’a pas été écouté et le 29 juillet dernier le Conseil de Sécurité a renouvelé leur présence. La pression de Khartoum s’exerce pour que les camps ne soient plus des « espaces humanitaires ». C’est pourquoi les miliciens y font de fréquentes incursions violentes ; tout est fait pour fragiliser l’aide, entraver la circulation et l’action des ONG et des Casques bleus. Plus de témoins ! Béchir veut se débarrasser des humanitaires et des Nations unies, ce qui lui permettrait de vider les camps et de susciter le retour des populations.

 

Rien n’est réglé au Darfour.

 

Et maintenant, l’impunité dont ont bénéficié les hommes de Khartoum au Darfour est payée par les populations d’autres régions du Soudan : celles du Sud-Kordofan et du Nil bleu.

 

Béchir est le responsable de la chaîne de commandement qui a ordonné des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des crimes de génocide au Darfour. Avant lui, son principal collaborateur sur le terrain, Ahmed Haroun, avait déjà été inculpé par la CPI, pour avoir recruté, organisé et financé les milices Janjawids. Mais il est toujours en liberté et doté de responsabilités gouvernementales accrues. Ce sont ces mêmes individus qui attaquent aujourd’hui les populations civiles du Sud-Kordofan (Haroun en est le gouverneur frauduleusement élu) et du Nil bleu. Et ils utilisent les mêmes méthodes : bombardements, encerclements par l’armée des villages, puis razzias par des milices.

Les populations Noubas qui habitent cette région ont déjà payé un lourd tribut dans le passé lorsqu’elles se sont révoltées contre Béchir, et alliées aux Sudistes. Des centaines de milliers de civils ont été tués à l’époque. Or les accords de paix ne les ont pas incluses dans la zone sudiste mais dans la zone sous domination nord-soudanaise. Cependant les documents prévoient la tenue de consultations populaires pour statuer sur leurs relations avec Khartoum. Béchir n’a pas attendu leur tenue pour les attaquer. Les journalistes et les humanitaires sont interdits d’accès à cette zone. Comme au Darfour, outre les violations massives des droits de l’homme, il y aurait selon Amnesty international 200 000 déplacés et de nombreux réfugiés en Ethiopie.

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