2011, une année de changements stratégiques au Soudan, par Jacky Mamou

L’année qui se termine est marquée par trois changements fondamentaux pour « le pays des Noirs » qui vont modifier durablement la donne politique nationale et régionale.

– En premier lieu évidemment la séparation Sud-Soudan et Nord-Soudan après un référendum dont le résultat fut sans appel en faveur de l’indépendance du Sud. Le Soudan de Khartoum n’est plus maintenant le plus grand pays d’Afrique ; il a perdu 30% de son territoire et 80% de ses puits pétroliers. C’est une claque retentissante pour Omar el-Béchir et sa bande de prédateurs assassins qui gouvernent le pays depuis 1989 ! L’Union africaine, grand soutien du régime, qui était cramponnée au concept d’intangibilité des frontières  issues de la décolonisation, en a été toute marrie.

Bien sûr, rien n’est réglé entre les deux entités, ni les frontières, ni l’acheminement du pétrole, ni la répartition de la dette. Khartoum use en outre de tous les stratagèmes pour aiguiser les rivalités ethniques qui sévissent au Sud. Et ne parlons pas des problèmes de développement dans une région minée par la corruption.

L’Iran s’est rapproché du Nord-Soudan, soutenu par les pays de la Ligue arabe, tandis que les Sudistes raffermissent leurs liens avec l’Ethiopie, l’Ouganda et le Kenya mais surtout avec les Occidentaux.

Quoiqu’il en soit, un coup de frein décisif à l’expansion islamiste vers la région des Grands Lacs a ainsi été donné.

– Une nouvelle alliance est née : le Front Révolutionnaire  du Soudan (FRS), qui prône un Etat laïc et démocratique. Il inclut le SPLM-Nord (Sudan People’s Liberation Movement-North), c’est-à-dire les éléments qui faisaient partie des forces sudistes mais qui se retrouvent désormais à vivre au nord de la frontière entre les deux pays, plus précisément dans les Etats du Sud-Kordofan et du Nil Bleu. L’autre principale composante est constituée des différents mouvements darfouris, à savoir le Sudan Liberation Movement (SLM) d’Abdul Wahid el-Nur et le SLM de Minni Minawi, ainsi que le JEM (Justice Equality Movement). Le FRS regroupe aussi de nombreux opposants répartis dans d’autres zones du pays, dont une partie du Congrès Béja, qui représente une population de l’est du Soudan.

Ainsi ce ne sont plus des revendications régionales qui guident principalement chacune de ces organisations mais la volonté d’un changement de régime à Khartoum.

– La mort de Khalil Ibrahim, le leader du JEM, considéré comme le plus puissant groupe armé du Darfour, va affaiblir l’opposition militaire à Khartoum dans la région. Mais nul ne sait si cette disparition ne risque pas de déclencher une recomposition politique de ce mouvement que certains estimaient très proche d’Al-Tourabi, l’historique leader islamiste soudanais.

La vague du « Printemps arabe » a jusqu’à ce jour épargné le Soudan. Mais la situation économique et sociale y est franchement mauvaise et les coûts de la guerre génocidaire que le régime mène au Darfour, au Sud-Kordofan et dans le Nil Bleu ne lui laissent que peu de marge de manœuvre budgétaire, d’autant qu’il doit faire face à une dette colossale. La Cour pénale internationale est toujours aux basques du président. Et les patriotes soudanais lui en veulent de n’avoir pas su offrir un projet attractif aux Sudistes. L’année 2012 sera-t-elle une année sans Béchir ?

Jacky Mamou, président du Collectif Urgence Darfour.

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